Tennis de table
 
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Gagner un match sans trop se fatiguer

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La question semble naïve, puisqu’il est écrit dans les règles du tennis de table que le premier joueur ayant remporté 21 points gagne le set, et qu'une fois deux sets remportés, le match est remporté !

On peut tenter de cerner de plus près ce qui peut conduire un joueur à gagner un point et son adversaire à le perdre.

De deux choses l’une :

  1. Soit un joueur, par un coup décisif, surpasse les capacités de l’autre.
  2. Soit un joueur rate ce qu’il désirait accomplir.

Cette distinction somme toute classique suit une logique aussi imparable que lumineuse : c’est celle qui distingue les points gagnants et les fautes directes. Par expérience, on sent bien qu’il est plus souvent facile d’éviter de commettre une faute directe que de réaliser un coup gagnant.
En général, on maîtrise d’abord la poussette avant de réussir des top-spin à la Gatien. De même, l'expérience des moments d'extase où l’on réussit tous ses coups sans véritable contrôle conscient, sont moins fréquents que les moments où l’on balance la balle à 15 mètres au dessus de la tête de l'adversaire.

Compte tenu de ce postulat, il serait donc plus facile :
  1. De ne pas commettre de faute directe soi-même.
  2. De provoquer celle de l’adversaire.

Une stratégie, si l’on peut employer ce mot peut-être prétentieux, découle donc de ce constat. Le joueur doit privilégier le contrôle de la balle pour mettre cette dernière où il le souhaite (et, avant tout, sur la table !) puis pour empêcher l’adversaire d’être en bonne position pour accomplir un coup décisif. Ce que l’on pourra qualifier approximativement d’attentisme semble efficace au moins dans un premier temps.

L’on pourra objecter qu’à regarder les champions de tennis de table il n’est pas du tout évident qu’un certain attentisme soit profitable : nombreux sont ceux qui insistent sur la caractéristique fondamentale du tennis de table moderne que serait l’attaque. Dans ce sens, on soulignera aussi que les "combi" (anti-top ou picots longs) ont depuis longtemps fini d’être présents dans la panoplie des meilleurs joueurs. Tout cela est certainement recevable. Mais, si l’on considère plus étroitement le niveau de jeu qui nous concerne, cela l’est déjà nettement moins. Entre les classements 40 et 70, les picots longs et anti-tops (pour ne pas évoquer le curl spécial qui est quand même un cas très particulier !) permettent d’acquérir rapidement un classement correct et, ce qui n’est pas négligeable, de le conserver. Concrètement, il est bien connu que les combi sont gênants, il suffit de se rappelr combien de fois par an on entend ce refrain : “Picots, enc...”. Or le but premier de ces revêtements, semble-t-il, est bien de contrôler la balle et de provoquer la faute (cf. le catalogue Wack Sport, autorité incontestable du tennis de table alsacien : "les anti-tops permettent de contrôler au mieux les rotations adverses" ; "les picots longs pour ceux qui veulent gêner l’adversaire...").

Reste un petit problème théorique : si l’attitude exposée dans ces pages est adoptée par tout le monde, elle ne vaut plus rien. Si tous les joueurs essaient de ne pas faire de faute, de ne pas prendre trop de risque et d’attendre l’erreur de l’autre, ne sont-ils pas dès lors à égalité ? Ne perd-on pas l’avantage supposé ? C’est bien parce que le problème est théorique qu’on peut lui apporter sinon une réponse, du moins une objection : dans les faits, il existera toujours des "accros" de l’attaque, notamment pour l’excellente raison qu’attaquer apparaît plus valorisant ou plus plaisant que jouer lentement et mollement ("si ça ne passe pas, ça impressionne toujours" !). L’on aborde là aussi, il est vrai, une autre question : vaut-il mieux se faire plaisir en attaquant (quitte à perdre plus de points que l’adversaire) ou contenir ses aspirations naturelles ? Chacun apporte bien entendu sa réponse selon son caractère et ses goûts, et il n’y aurait aucun intérêt à chercher à avoir le dernier mot sur ce sujet. Par ailleurs, il est évident que les différences de niveau existent toujours à l’intérieur de la catégorie des joueurs attentistes : certains sont meilleurs que d’autres.

Au bout du compte, la conclusion est que, jusqu’à un certain niveau de jeu, choisir en priorité de garder la balle sur la table garantit de bons résultats en match sans consentir énormément d’efforts. Et gagner sans se fatifguer c’est quand même une façon pratique et bien économique de faire du sport, non ? Toutes ces remarques reviennent en fait à dire, et l’auteur de ces lignes s’excuse platement d’en arriver après deux pages à écrire une telle évidence, que la régularité fait, à la longue, toujours la différence.

Il est probable que jouer prudemment procure moins de plaisir. Certains pourront même dire que cela n’en procure plus du tout : chacun de nous s’est laissé aller, au moins une fois, près une défaite, à maudire son vainqueur, qui "n’a rien fait" et "à qui l’on a offert le match", et je cite seulement les propos polis. Pourtant, l’adversaire a bien fait quelque chose puisqu’il a au moins renvoyé la balle. Il est aussi possible que tout le monde ne puisse se sentir à l’aise en pratiquant ce type de jeu. Cela dit, l’explication en est souvent que le joueur ne possède pas une raquette appropriée car trop rapide (chaque club a ses petits jeunes de 10 ans qui collent avec deux litres de colle avant d’avoir appris à faire un coup droit).

Il n’existe pas pour autant, bien sûr, une opposition de principe à l’attaque, ce serait trop triste. Ce qui importe, c’est le contrôle et la régularité. À partir du moment où l’on a acquis un contrôle suffisant en attaque, celle-ci permet de progresser encore. Il s’agit de savoir quand il est opportun d’attaquer et, cet instant venu, ne pas rater l’occasion. L’attaque (réussie), s’appuyant sur la prudence et le sens de l’opportunité (qualités déjà soulignées par le philosophe Aristote qui lui-même était pas loin de jouer 15), peut alors vraiment devenir un moyen de gagner. L’attaque ainsi conçue est une manière de faire la différence quand on a en face un joueur aussi fort que soi dans le contrôle de la balle.

Cette nécessité de l’attaque correspond bien sûr aussi à la volonté de gêner l’adversaire : soit celui-ci ne pourra pas renvoyer la balle, soit il sera obligé de remettre une balle encore plus facile à attaquer. Ainsi, à partir du moment où l’on dispose d’un certain contrôle en attaque, celle-ci devient-elle utile à la victoire. Attaquer en permanence avec un pourcentage correct de réussite, mais pas forcément très élevé, permet de plus d’exercer une pression qui conduit l’adversaire à rater ses coups d’attente.

Pour progresser au-delà des classements 45/70 (ce sont des normes qui restent difficiles à définir), l’attente ne suffit plus. Tout le monde sait à peu près le faire. C’est désormais la capacité à attaquer correctement et régulièrement qui peut faire la différence. Comme cela demande un placement plus rapide et une technique plus raffinée, plusieurs éléments semblent pouvoir aider à passer au stade offensif : jeunesse, entraînement, sens du jeu... Mais là, il n’est plus garanti que les classements s’obtiennent sans efforts ! Mais enfin, 45 c’est déjà pas si mal, puisque près de 80% des joueurs classés sont compris entre les classements 55 et 80.

Il convient pour conclure de rappeler que le tennis de table comporte de nombreux autres facteurs que ceux évoqués dans ces lignes. Il s’agit notamment de facteurs psychologiques : rôle de l’équipe, du public, etc.

Il n’y a donc pas de théorie qui constituerait une solution miracle : on ne peut qu’essayer de gagner que ce soit en départementale, aux individuels, en tournoi ou en loisirs... (mais vous vous en doutiez !).

P.-S.

Article écrit en 1998. Depuis les sets se jouent en 11 points.

Source : vbing

 

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