Effets d’un entraînement visuel général sur les performances de sportifs de haut niveau

Une étude a réalisée à l’INSEP grâce au soutient de Maître Christian Bauer (Directeur Technique National de la FFE), à la participation active des sabreurs du Pôle INSEP et en liaison avec plusieurs médecins ophtalmologistes.

Cette étude réalisée dans le cadre de l’Unité d’Aide à la Performance « Vision & Sports  » avait pour objectif de mettre en corrélation les performances visuelles et sportives de l’athlète, notamment les performances motrices. Bien que l’étude ait portée sur des sabreurs il est tout à fait concevable de la projeter sur d’autres disciplines comme le tennis de table, sport qui requiert lui aussi une bonne acuité visuelle. Une autre étude conduite par Loran (Loran D. F. C. and Griffiths, G. W., 1999) sur le recrutement des jeunes joueurs de football du club anglais de Nottingham Forest

Plusieurs études, la première sur le billard et la seconde sur le hockey sur glace, montrent que les meilleurs sportifs stabilisent leur regard plus longtemps que les autres avant d’effectuer un coup, et d’autant plus longtemps que le coup est plus difficile : si le temps de cette « pause visuelle » est limitée expérimentalement, les performances diminuent quel que soit le niveau de pratique.

L’une des études les plus convaincantes et les plus représentatives, concernant l’intérêt des tests visuels et leur utilisation potentielle est celle conduite par Loran (Loran D. F. C. and Griffiths, G. W., 1999) sur le recrutement des jeunes joueurs de football du club anglais de Nottingham Forest. Cette étude, ayant testé certains paramètres (sensibilité aux contrastes, évaluation de la profondeur, facilités de vergence, facilités d’accommodation, fixation dynamique, vision dynamique, perception périphérique, temps de réaction œil pieds, temps de réaction œil main, récupération à l’éblouissement), montre une corrélation à 99% avec les choix des entraîneurs pour les joueurs retenus. Les joueurs ayant quitté le club 8 mois plus tard, présentaient des performances « sujettes à attention » aux tests visuels initiaux (en bas de tableau) en corrélation avec le diagnostic des entraîneurs.

Les performances visuelles sont entraînables

Stine et collègues notent, dès 1982, que l’acuité visuelle dynamique, la perception de la profondeur, la flexibilité et l’amplitude de l’accommodation, la convergence et la relation accommodation-convergence sont entraînables.

Parmi les habiletés entraînables, les facilités accommodatives et les relations accommodation-vergence jouent un rôle particulier dans les sports, notamment dans ceux qui imposent des aller et retours fréquents et rapides des fixations visuelles dans la profondeur (tennis de table, tirs et escrime par exemple). En effet, des facteurs attentionnels (de plus haut niveau, donc volontaires) jouent un rôle important dans les relations accommodation-vergence pour une exploration active d’un environnement tri dimensionnel. L’hypothèse avancée par Jiang (2000) donne à l’attention un rôle de modificateur du gain des boucles accommodation-vergence : plus la mobilisation de l’attention est importante, plus l’adaptation de l’accommodation-vergence est importante. L’entraînement de l’adaptation de l’accommodation-vergence produit un effet rapide qui se maintient dans le temps et de plus peut être réalisé chez soi sans matériel particulier !

L’amélioration des performances visuelles améliorent la performance sportive

Il existe très peu d’études scientifiquement validées qui évaluent le transfert de l’amélioration des performances visuelles à l’amélioration de la performance sportive. Il est vrai qu’il est difficile de quantifier la performance, sauf dans certains sports (les tirs) ou dans certaines actions sportives (les lancers francs en basket ball, les penalties en football ou en handball). Il est également difficile pour un entraîneur, qui croit aux effets de l’entraînement visuel ou perceptif, de « sacrifier » un groupe témoin de même niveau que celui recevant l’entraînement !

Les seules études convaincantes concernent les habiletés perceptives. Une étude réalisée en 1996, sur le volley ball, montre que l’amélioration de la mobilité oculaire se traduit par de meilleures réceptions de services en match (sur la saison) : il n’est pas sûr que les améliorations d’une performance sportive impliquant technique et anticipation (perceptive) ne soit due qu’à l’amélioration de la performance visuelle. En tir à la carabine, Quevedo, L., Solé, J., Palmi, J., Planas, A. and Saona, C. (1999) montrent que l’amélioration des performances visuelles du groupe de débutants soumis à entraînement ne se traduit pas par une amélioration des scores.

L’entraînement visuel

Les exercices d’entraînement visuel réalisés se sont déroulés sur 8 semaines à raison de 4 séances de 20 minutes par semaine intégrées aux séances d’entraînement technique normales. Ils avaient lieu avant ou après les séances d’entraînement dans une pièce contiguë au vestiaire, à l’occasion des séances du matin ou de l’après-midi. Cette intégration (bénéfique) implique que, outre les différences entre les horaires d’entraînement visuel, les athlètes dispensés d’entraînement (blessure, maladie, récupération de compétition) ou en déplacement en compétition, ne participaient pas aux entraînements en même temps que les autres (les séances n et n+1 n’étaient pas les mêmes pour tous les athlètes en fonction de leur programme personnalisé d’entraînement).

Entraînement à l’accommodation : rock accommodatif (3 minutes).

Objectif : Il s’agit d’entraîner la proprioception de l’œil pour que le sujet s’ajuste le plus rapidement et le plus précisément possible aux variations de focalisation binoculaire provoquées par un « brouillage », pour faire le point (rendre l’image simple et nette). Dispositif : Un texte d’acuité visuelle 8/10 est présenté au sujet dans un plan frontal. Il doit le lire à 40 cm au travers d’un « face à main » porteur de verres correcteurs de +/- 2,5 dioptries, puis +/- 2,00 dioptries et enfin +/- 1,00 dioptrie, puis à 2,5 m avec des verres de +/- 1,00 dioptrie. Les lectures alternées (cycles) pour chaque correction durent 1 minute (soit 4 minutes au total). Le nombre de cycles est comptabilisé sur chaque minute. Consignes : Fixer la cible pour en avoir une image simple et nette Placer le « face à main » devant les yeux (position 1) Retourner le « face à main » en position 2 dès que l’image est simple et nette Alterner les positions 1 et 2 dès que l’image est simple et nette

Entraînement à la vergence : rock prismatique (4 minutes).

Objectif : Il s’agit d’augmenter les capacités fusionnelles en assouplissant les relations entre l’accommodation et les vergences. L’accommodation est maintenue constante tout au long des exercices, seules les vergences sont sollicitées. Le sujet doit ajuster le plus rapidement et le plus précisément possible le mouvement en convergence ou en divergence de ses 2 yeux pour rendre l’image simple et nette, mouvement rendu nécessaire par les déviations prismatiques (convergentes ou divergentes) imposées.
Exercice entraînement vergence Dispositif : Une cible d’acuité visuelle 8/10 est présentée au sujet dans un plan frontal. Il doit la lire à 40 cm au travers d’un « face à main » porteur de verres prismatiques 8 ∆ base interne et 10 ∆ base externe, puis 8 ∆ base interne et 16 ∆ base externe, puis à 2,5 m avec des verres 4 ∆ base interne et 10 ∆ base externe et enfin à 6 m avec des prismes 4 ∆ base interne et 6 ∆ base externe. Les lectures alternées (cycles) pour chaque correction durent 1 minute (soit 4 minutes au total). Le nombre de cycles est comptabilisé sur chaque minute.
  Consignes : Fixer la cible pour en avoir une image simple et nette Placer le « face à main » devant les yeux (position 1) Retourner le « face à main » en position 2 dès que l’image est simple et nette Alterner les positions 1 et 2 dès que l’image est simple et nette

Fixations sautées (51=3×17).

Objectif : Il s’agit d’entraîner les variations rapides de convergence et de divergence, dans le plan sagittal (profondeur) et d’accommodation.
Exercice amélioration visuelle Dispositif : Une corde de 2,5 m munie de 3 perles colorées jaune, rouge et verte de 2 cm de diamètre placées à 40 cm, 100 cm et 200 cm du sujet (corde de Brock). Le sujet effectue 51 (3 x 17) fixations dans l’ordre et au rythme imposé par l’expérimentateur
Consignes : Tenir l’extrémité de la corde au niveau du nez. Passer d’une perle à l’autre selon les indications de l’expérimentateur. Fixer les perles des 2 yeux dans l’ordre et au rythme imposé par l’expérimentateur jusqu’à en avoir une image simple et nette, ou prendre conscience de la diplopie (image double).

Mobilisation oculaire et coordination visuo-manuelle (150=3×50).

Objectif : Il s’agit à la fois de stimuler la mobilité oculaire et d’affiner la coordination œil main pour frapper avec une baguette (de 20 cm environ) une balle qui oscille dans un plan frontal (balle de Marsden). En monoculaire, l’œil droit (œil gauche caché) doit être coordonné avec la main droite, puis l’œil gauche (œil droit caché) avec la main gauche. En binoculaire, l’exercice est effectué de la main préférentielle avec un « face à main » portant des verres prismatiques.
Exercice mobilisation oculaire Dispositif : Une balle de couleur rouge de 5 cm de diamètre suspendue à une cordelette à hauteur des yeux. L’expérimentateur donne l’impulsion initiale à la balle. L’athlète doit frapper 50 fois la balle dans chaque condition avec la baguette. Le nombre d’échecs est comptabilisé en monoculaire. Le nombre de réussites est comptabilisé en binoculaire.
Consignes : Suivre la balle du regard. Frapper la balle avec la baguette.

Conclusions, limites et perspectives

L’objet de cette étude était de vérifier l’efficacité d’un programme d’entraînement visuel général de la vision centrale pour l’amélioration des performances visuelles et de la performance motrice d’athlètes de haut niveau en sabre ayant des performances visuelles « normales ».

Malgré les limitations inhérentes à ce type d’étude, il a été démontré qu’il est possible d’améliorer les performances visuelles d’athlètes ayant une « vison normale » par un entraînement visuel général et que ces gains affectent positivement la performance motrice.

Au cours des séances d’entraînement, les performances visuelles ont été améliorées :

  1. La flexibilité accommodative a été augmentée et les tireurs s’ajustent plus rapidement et plus précisément aux variations de focalisation binoculaire provoquée par un « brouillage », faible en vision intermédiaire et plus fort en vision de près.
  2. Les capacités fusionnelles ont été améliorées en assouplissant les relations entre l’accommodation et les vergences en vision de loin. Les coordinations œil main ont été affinées.

Tous les résultats significatifs concernent la convergence : les tireurs disposent d’une plus grande zone de fusion pour garder une image simple et nette d’un mobile (adversaire, cible ou balle) se rapprochant d’eux. Cette flexibilité accommodative en convergence implique l’accommodation et la convergence, mais également une mobilisation de l’attention spatiale dans le sens de la profondeur.

L’absence d’effet dans le sens de la divergence peut signifier que cette dimension soit plus difficile et/ou plus longue à modifier.

Cette démarche pourrait être mise en œuvre pour l’entraînement :

  • De l’athlète en dehors ou en complément des séances programmées
  • De l’athlète physiquement fatigué
  • De l’athlète blessé.

Si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à vous reporter à l’article de l’INSEP sur le sujet.

Sources INSEP : Effet d’un entraînement visuel général sur les performances…

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